Repartant du village aux belles couleurs, nous regagnons notre véhicule et racontons nos découvertes à papa. Puis l’heure de savoir où nous allions passer la nuit arriva, une chose qui reste un mystère à chaque journée.

Nous jetons notre dévolu sur une petite place à coté d’un sanctuaire, celui de Madonna de la Bocciola. La route étroite pour y accéder nous fit monter un brin l’adrénaline en croisant un bus bien trop gros. Arrivés enfin, nous découvrons une immense bâtisse néo-classique, magnifique et imposante surplombant le lac. Pour la petite histoire, en 1543, la vierge apparait à une jeune bergère en lui disant qu’elle protègerait le village si les habitants lui consacrent le samedi après midi et le dimanche, d’où la construction de ce sanctuaire.

Un chauffeur italien nous fit signe à plusieurs reprise que nous ne pouvions rester là, alors nous reprîmes notre chemin en vue d’une aire de camping car plus éloignée dans l’arrière pays.

Les villages rencontrés étaient tous plus étroits les uns que les autres et serrer les fesses à quelques passages délicats en devenait une habitude. Au loin les montagnes montraient le bout de leur nez camouflant le soleil couchant,  les arbres qui bordaient  la petite route, avaient à leur tronc des carrés tricotés de laine de couleur qui semblaient leur porter chaud. Une légère brume se leva enveloppant la petite place qu’un fin clocher protégeait. Une ambiance calme et sereine nous enchantait et promettait une nuit à venir paisible. Enfin garés, nous pûmes enfin profiter. Une odeur de bouse nous ouvrait grand les bras, un troupeau de vache aux lourdes cloches bruyantes défilèrent sous nos yeux car leur paysan les déplaçait en face du véhicule.

Toute la petite famille était béate, enfin presque tout le monde. Pour moi, ça ne s’annonçait pas bien, non. Mais tout le monde en riait sauf moi. Et plus encore par la suite. Baladant Charly sur la petite route, l’église sonna de toutes ses forces comme pour rejoindre la musique que faisait déjà ces animaux. En avançant, non loin d’un cimetière éclairé par des bougies électriques de diverses couleurs, un grand portail ouvert suivit d’un très gros chien courant dans ma direction me fit face. Sans plus attendre, et surtout sans réfléchir, je courus également. Remontant une pente rocheuse, je priais pour ne pas me faire croquer. Charly courrait tout autant que moi. Mais peu importe la volonté le chien inconnu nous arrêta. Il fonça droit sur notre blondinette et le scruta longuement. Puis il remua la queue, semblait me sourire de toutes ses dents et se mirent à jouer. Soufflant de soulagement je m’étais dis que je m’étais fait du soucis pour rien. Mais c’était avant qu’il se mette à nous suivre à la trace. Je pouvais dire les mots que je voulais, il ne partait pas, à croire que je n’avais pas le choix, nous devions être amis.

Alors pendant que je rentrais et cherchais à le faire partir, quatre chats nous scrutèrent et ni une ni deux, les deux chiens se ruèrent sur eux. M’envolant à moitié avec eux, j’hurlais de nouveau. Le chien italien rentra chez lui la seconde suivante comme par magie et je me demandais si enfin j’avais de la chance. Mais je me trompais encore car quelques minutes après, pendant que le jeune paysan plantait ses derniers piquets pour former l’enclos de ses bêtes, une vache rua dans ma direction à la vue de Charly. C’était trop, je restais paralysée pendant que je la voyais se rapprocher. Finalement l’homme réagit à la seconde près et une tape sur le derrière, un regard d’excuse et les choses étaient réglées. Exténuée, je me dirigea vers le Challenger et remarquai que j’avais marché dans la bouse. Vraiment super…
Le troupeau paniqua une fois de plus lorsque je m’introduisit  dans le camping car et avait failli par la même occasion emporter mon sauveur sous leurs sabots, je m’écrasai alors sur un fauteuil.

Et là, ils riaient tous.

Plus encore Julien. S’il avait su, qu’après, plus loin dans la nuit, vers une heure du matin, il allait être enragé par le bruit des cloches du troupeau nous entourant nous poussant à changer d’endroit. S’il avait su qu’on finirait notre nuit à trente minutes de notre emplacement.

J’avais finalement eu raison de douter de la sérénité des lieux, les alpages, Heidi ce n’est pas pour moi, pour nous.

Mais quel délice, quel enchantement au réveil. Un souffle frais, le bruissement d’une petite rivière aux galets scintillants. Ce fut finalement un mal pour un bien.

 


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